Revue IRIS n°37/2016 L'Entre-deux et l'Imaginaire Lettre électronique des Centres de Recherche sur l'Imaginaire n°15 (2016) Actes du 2ème congrès du Centre de Recherches Internationales sur l'Imaginaire (2015) Philippe Walter : Dictionnaire de Mythologie arthurienne

 Archétype           

- Les archétypes constituent les substantifications des schèmes... "le stade préliminaire, la zone matricielle de l'idée". Bien loin de primer l'image, l'idée ne serait que l'engagement pragmatique de l'archétype imaginaire, dans un contexte historique et épistémologique donné... Ce qui serait donc donné "ante rem" dans l'idée ce serait son moule affectivo-représentatif, son motif archétypal ; c'est ce qui explique également que les rationalismes et les démarches pragmatiques des sciences ne se débarassent jamais complètement du halo imaginaire, et que tout rationalisme, tout système de raisons porte en lui ses fantasmes propres. (Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l'Imaginaire : introduction à l'archétypologie générale, Paris, Dunod, 1992, p. 62-63)

- ... il y a une grande stabilité des archétypes. C'est ainsi qu'aux schèmes de l'ascension correspondent immuablement les archétypes du sommet, du chef, du luminaire, tandis que les schèmes diaïrétiques se substantifient en constantes archétypales telles que le glaive, le rituel baptismal, etc..., le schème de la descente donnera l'archétype du creux, de la nuit, du "Gulliver", etc... et le schème du blottissement provoquera tous les archétypes du giron et de l'intimité. Ce qui différencie précisément l'archétype du simple symbole, c'est généralement son manque d'ambivalence, son universalité constante et son adéquation au schème : la roue, par exemple, est le grand archétype du schème cyclique, car on ne voit pas quelle autre signification imaginaire on pourrait lui donner, tandis que le serpent n'est que le symbole du cycle, symbole fort polyvalent comme nous le verrons.
C'est qu'en effet les archétypes se lient à des images très différenciées par les cultures et dans lesquelles plusieurs schèmes viennent s'imbriquer. On se trouve alors en présence du symbole au sens strict, symboles qui revêtent d'autant plus d'importance qu'ils sont riches de sens différents. (Op. cit., p. 63)

          Mythe (muthos : ce qui est raconté)

- " Longtemps minimisé comme un "récit fabuleux, d'origine populaire et non réfléchie".... le mythe apparaît comme un récit (discours mythique) mettant en scène des personnages, des situations, des décors généralement non naturels, (divins, utopiques, surréels, etc), segmentables en séquences ou plus petites unités sémantiques (mythèmes) dans lesquels s'investit obligatoirement une croyance - contrairement à la fable ou au conte - (dite "prégnance symbolique" par E. Cassirer) . Ce récit met en oeuvre une logique qui échappe aux principes classiques de la logique de l'identité. Par là le mythe se manifeste bien comme "métalangage" (Cl. Lévi-Strauss), langage "pré-sémiotique" où la gestuelle du rite, de la magie vient relayer la grammaire et le lexique des langues naturelles. Le mythe apparaît donc comme discours ultime (dernier ou premier, peu importe) où se constitue - loin du Principe du tiers exclu - la tension antagoniste fondamentale à tout "développement" du sens(...) [Par exemple] "le mythe qui fonde la pensée civisationnelle de la Grèce, c'est le récit de l'antagonisme entre les forces apolliniennes et les forces dyonisiaques." (Gilbert DURAND, "À propos du vocabulaire de l'imaginaire. Mythe, Mythanalyse, Mythocritique" in Recherches et Travaux, L'Imaginaire, bulletin n° 15, 1977)

- "Nous entendrons par mythe un système dynamique de symboles, d'archétypes et de schèmes, système dynamique qui, sous l'impulsion d'un schème, tend à se composer en récit. Le mythe est déjà une esquisse de rationalisation puisqu'il utilise le fil du discours, dans lequel les symboles se résolvent en mots et les archétypes en idées. Le mythe explicite un schème ou un groupe de schèmes. De même que l'archétype promouvait l'idée et que le symbole engendrait le nom, on peut dire que le mythe promeut la doctrine religieuse, le système philosophique ou (...) le récit historique et légendaire. " (G. Durand, 1992, p. 64)

Mythanalyse         

...méthode d'analyse scientifique des mythes afin d'en tirer le sens psychologique ... ou sociologique ... Mythanalyse psychologique d'abord, qui dans le sillage de l'oeuvre de Jung, et dépassant la réduction symbolique simplificatrice de Freud, repose sur l'affirmation du polythéisme ... des pulsions de la psyché. [Dans] par exemple l'archétype d'Anima, la mythanalyse va discerner bien des types d'anima selon les typologies de la mythologie antique : Vénus, Déméter, Junon, Diane, etc... La mythanalyse sociologique ... tente de cerner les grands mythes directeurs des moments historiques et des types de groupes et de relations sociales. Elle est bien une "mythanalyse" puisque très souvent les instances mythiques sont latentes et diffuses dans une société, et que, même lorsqu'elles sont "patentes", le choix de tel ou tel mythe explicite échappe à la conscience claire, fût-elle collective ... L'une et l'autre mythanalyse ne diffèrent donc que par leur champ d'application pratique... Aussi utilisent-elles la même méthode de base pour traiter le mythe.

- ... dans un premier temps à partir d'un "mythe idéal" constitué par la synthèse de toutes les leçons mythémiques réunies sous une appellation propre, ... on obtient donc... :
a) la collection des mythèmes "nucléaires" constitutifs d'un mythe et dont l'effritement signifie la transformation et à la limite l'épuisement d'un mythe
b) la chronologie de ces transformations.
En superposant des analyses de mythes complets de ce type (mythe M, mythe P, mythe Z...) dans une chronologie commune, on peut mettre en évidence :
c) la superposition, les remplacements, en un mot les "compensations" d'un mythe par l'autre.

(...) il est très important qu'à une époque donnée (par ex. 1805-1809) - et la probabilité augmente lorsque la période considérée est plus longue - il y ait un seul mythe dominant. L'on obtient la plupart du temps un système de mythes "compensés" (cf. Nietzsche) de deux ou plusieurs mythes. L'on observe alors deux processus possibles de transformation (R. Bastide) l'une induite par le mythème patent, l'autre par le mythème latent. Cette différenciation permet d'introduire un nouveau paramètre dans le consensus mythémique. L'on peut arriver alors à doter chaque mythème d'un emblème substantif ou épithétique patent et d'une intention "pratique" ou "dramatique" (verbale) généralement plus latente ... et mettre en évidence les modalités de transformation ("usure") d'un mythe : soit par inflation du "latent", soit par inflation du "patent". (G. Durand, 1977, p. 5-9)

 

          Mythocritique

... méthode de critique littéraire ou artistique qui centre le processus compréhensif sur le récit mythique inhérent à la signification de tout récit... Structures, histoire ou milieu socio-historique, tout comme appareil psychique, sont indissociables et fondent l'ensemble compréhensif ou significatif de l'oeuvre d'art et spécialement du "récit" littéraire. Chaque séquence lue constitue un "mythème" - et son décor mythique... - et les "mythèmes" en nombre très limité ... s'articulent selon certains grands mythes qui présentent une certaine constance à une époque et en une culture déterminée... ou tout au moins au cours d'une génération culturelle... La "mythocritique" va donc d'emblée chercher l'être même de l'oeuvre dans la confrontation de l'univers mythique qui forme le "goût" ou la compréhension du lecteur, et l'univers mythique qui émerge de la lecture de telle oeuvre déterminée...
Méthodologiquement l'approche de l'oeuvre peut se faire en trois temps qui décomposent les strates mythémiques :
1° / D'abord par un relevé des "thèmes", voire des motifs redondants, sinon "obsédants" (Ch. Mauron, P. Sorokin), qui constituent les synchronicités mythiques de l'oeuvre.
2° / Ensuite l'on peut examiner dans le même esprit les situations et les combinatoires de situation des personnages et des décors (E. Souriau, G. Bachelard, G. Durand)
3° / Enfin l'on peut, en utilisant un type de traitement "à l'américaine" tel celui que fait subir Lévi-Strauss au mythe d'Oedipe, repérer les leçons différentes du mythe (diachronicité) et les corrélations de telle leçon d'un mythe avec tels autres mythes d'une époque ou d'un espace culturel bien déterminés.
Par le double effet de cette approche mythocritique de l'oeuvre d'une part et de l'autre par la confrontation avec le "moment mythique" de la lecture et de la situation du lecteur présent, l'on obtient des conclusions intéressantes soit par la constitution d'un Atlas délimité des mythèmes et des situations mythiques ou mythologiques, soit quant aux structures profondes de l'oeuvre et aux rapports de goûts qui peuvent exister entre tel moment de lecture et tel moment d'écriture (ou première lecture). Par exemple l'on s'aperçoit que le nombre limité de mythes possibles - tels que les définissent d'ailleurs les différents mythologues des grandes civilisations : grecque, latine, amérindiennes, égyptienne, indoue, africaines, polynésiennes, sino-thibétaines, ouralo-altaïques, etc... - exige des réinvestissements mythiques constants et répétés  au cours de l'histoire d'une même culture, et explique les différentes "renaissances" ou redécouvertes. L'on s'aperçoit également que les genres littéraires et artistiques, les styles, les modes, les idiotismes répondent aussi à ces phénomènes de concentration et de résurgence mythologiques.
(...) La mythocritique met en évidence, chez un auteur, dans une oeuvre d'une époque et d'un milieu donnés les mythes directeurs et leurs transformations significatives. Elle permet de montrer comment tel trait de caractère personnel de l'auteur contribue à la transformation de la mythologie en place, ou au contraire accentue tel ou tel mythe directeur en place. Elle montre également - et cela en opposition avec un culturalisme trop simplificateur - que chaque moment culturel a une certaine épaisseur mythique où se combinent et s'affrontent (comme Nietzsche l'avait génialement pressenti pour la Tragédie grecque) des mythes différents. (Gilbert Durand, 1977, p.5-9)

Mythème         

Au coeur du mythe comme de la mythocritique, se situe donc le "mythème" (c'est-à-dire la plus petite unité de discours mythiquement significative) ; cet "atome" mythique est de nature structurale (...) et son contenu peut être indifféremment un "motif", un "thème", un "décor mythique" (...), un "emblème", une "situation dramatique" (...). En d'autres termes dans le mythème, le "verbal" domine la substantivité (...) un mythème peut se manifester et sémantiquement agir de deux façons différentes, une façon "patente" et une façon "latente" :
- de manière patente par la répétition explicite de son ou de ses contenus (situations, personnages, emblèmes, etc...) homologues,
- de manière latente par la répétition de son schéma intentionnel implicite.

(...) La redondance patente des contenus mythémiques tend au stéréotype identificateur, à la "figuration" exagérée et à la dénomination par le nom propre (ou à un moindre degré par le nom commun, le lieu, l'emblème) ; la transformation (à la limite l'inversion totale, voire la perte de sens mythique) se fait alors par minimisation de l'intention morale ou dramatique... Le mythème patent, l'image stéréotypée et en surface, survalorise alors le descriptif au détriment du sens. Le mythe s'aplatit en une pure référence stéréotypée insérée comme épithète dans la description du récit.
Au contraire lorsqu'il y a redondance du schème mythémique latent, le récit tend à l'apologue, à la parabole comme dans les Fables de La Fontaine, les Contes de Voltaire, les Soties de Gide.
(...) Les transformations, c'est-à-dire "l'usure" du mythe, que met en évidence l'analyse mythocritique proviennent donc soit de l'évaporation de l'esprit (ethos) du mythe au profit de l'appareil descriptif allégorique, soit au contraire de l'usure de la lettre, du nom mythique, au profit d'intentions nouvelles et généralement refoulées par le milieu et le moment. (Gilbert Durand, 1977, p.5-9)

          Schème

Le schème est une généralisation dynamique et affective de l'image, ... Il fait la jonction ... entre les gestes inconscients de la sensori-motricité, entre les dominantes réflexes et les représentations. Ce sont ces schèmes qui forment le squelette dynamique, le canevas fonctionnel de l'imagination... ainsi, au geste postural correspondent deux schèmes : celui de la verticalisation ascendante et celui de la division tant visuelle que manuelle, au geste de l'avalage correspond le schème de la descente et celui du blottissement dans l'intimité. (G. Durand, 1992, p. 61)

Structure         

Enfin cet isomorphisme des schèmes, des archétypes et des symboles au sein de systèmes mythiques ou de constellations statiques nous amènera à constater l'existence de certains protocoles normatifs des représentations imaginaires, bien définis et relativement stables, groupés autour des schèmes originels et que nous appellerons structures. (...) La forme se définit comme un certain arrêt, une certaine fidélité, un certain statisme. La structure implique par contre un certain dynamisme transformateur. (...) une forme transformable, jouant le rôle de protocole motivateur pour tout un groupement d'images, et susceptible elle-même de groupement en une structure plus générale que nous nommerons Régime.
Ces régimes n'étant pas des groupements rigides de formes immuables, nous nous poserons enfin la question de savoir s'ils sont eux-mêmes motivés par l'ensemble des traits caractérologiques ou typologiques de l'individu, ou encore quel est le rapport qui lie leurs transformations aux pressions historiques et sociales (G. Durand, 1992, p. 65).

          Symbole

Tandis que l'archétype est sur la voie de l'idée et de la substantification, le symbole est simplement sur la voie du substantif, du nom, et même quelquefois du nom propre : pour un Grec le symbole de la Beauté c'est le Doryphore de Polyclète. De cet engagement concret, de ce rapprochement sémiologique, le symbole hérite une extrême fragilité.Tandis que le schème ascensionnel et l'archétype du ciel restent immuables, le symbole qui les démarque se transforme d'échelle en flèche volante, en avion supersonique ou en champion de saut. On peut dire même qu'en perdant de sa polyvalence, en se dépouillant, le symbole tend à devenir un simple signe, tend à émigrer du sémantisme au sémiologisme : l'archétype de la roue donne le symbolisme de la crois qui lui-même devient le simple signe de la croix tel qu'il est utilisé dans l'addition ou la multiplication, simple signe ou simple algorithme perdu parmi les signes arbitraires des alphabets. (G. Durand, 1992, p. 64)

 

 

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